Rêveries I – Isolement

Rêveries I
Isolement

Les rêves ont cette particularité rare de pouvoir se présenter à n’importe qui, n’importe quand, même dans l’éveil. Ceux que notre inconscient crée pendant le sommeil ne visent qu’à évacuer de notre système surmené les inquiétudes, les soucis, le bonheur et les joies aussi. Il ne sera pas question ici de ce monde inconscient, mais bien du monde onirique qui se déroule lorsque, les yeux bien ouverts, nous nous y attendons le moins!

Il est étonnant de constater combien il est difficile, voire impossible, de créer, en état de veille, le rêve. Il ne peut être forcé, ne peut être appelé, mais se montre, se présente à tout un chacun par surprise, pour autant que la disposition à rêver soit présente. Je fais partie, et le regrette certains jours pour m’en réjouir d’autres, de ces personnes qui rêvent presque en permanence. Parce que mon monde se trouve ailleurs, que ma paix intérieure est rarement dérangée par le quotidien auquel je ne consacre que le minimum de temps nécessaire à l’accomplissement des rituels obligatoires, mon être tout entier se dédie au rêve, à l’imaginaire.

Si, pour écrire ces lignes, je m’ancrais dans la réalité du quotidien, aucun mot ne pourrait sortir de mon esprit tortueux. Que mes semblables ne comprennent ou pas, qu’ils l’acceptent ou le dénigrent, cela importe peu car, après tout, il n’y a qu’une personne sans laquelle je ne peux vivre, et c’est moi-même! Ce qu’ils en pensent et disent ne m’atteint que peu et, soyons honnêtes, ne m’importe guère plus.

Mes vagabondages mentaux, autant que mes promenades, m’apportent la paix mentale qui complète la paix physique que j’ai atteinte. Il m’en a coûté un certain prix: celui de la critique et de l’incompréhension de mes semblables.

Comment auraient-ils, en effet, pu comprendre, il y a déjà dix ans, que je m’isole dans une maison au milieu des bois, entourée d’un potager pour mes besoins vitaux, d’un jardin pour mon plaisir, laissant derrière moi la société et ses conventions qui ne me convenaient point?

Je revois ces jours, ces semaines, ces mois, au cours desquels je préparais ce départ, cet isolement volontaire. Mes amis essayaient de m’en dissuader, arguant que je leur manquerait. Ma famille me fit un chantage affectif à peine descriptible, me culpabilisant de tous les malheurs qui les frappaient. J’étais, en effet, responsable, à leurs yeux, de la dépression de la tante que je ne voyais qu’une fois l’an, de la malveillance de la cousine qui avait trahi la famille en épousant, rendez-vous compte, un protestant. J’étais coupable de l’errance sentimentale de la soeur qui n’arrivait pas à fixer son coeur et son corps chez un seul homme. J’étais même, et c’est à souligner, responsable de la jambe cassée du voisin qui avait, c’était certain, été distrait par ma décision de partir, de m’isoler, provoquant ainsi sa chute de l’arbre auquel il avait si bien su grimper! Tout cela était évident. J’étais responsable de tous ces malheurs, maux quotidiens qui ne trouvent que rarement d’autre coupable à désigner que le destin. J’ai eu envie de changer de nom à ce moment là pour me donner Désirée. Bien nommée aurais-je été, puisque je portais déjà, aux yeux de ceux qui auraient dû vouloir mon bonheur et ne me souhaitaient que l’emprisonnement moral, les responsabilités usuellement imputées à ce compagnon qui nous suit partout.

Malgré tout cela, en dépit de l’incompréhension et le chantage affectif, je partis et m’isolais dans cette petite chaume au milieu d’un magnifique bois. J’y suis bien. J’y rêve presque constamment.

Que le lecteur se détrompe s’il pense que je m’isole de tout et de tous; j’y ai le téléphone, la télévision, internet, et je vis parfaitement dans mon temps. Je travaille et gagne bien ma vie, mais le fais à ma manière bien particulière. J’aime également les humais, détrompant ainsi ceux qui pensaient sûrement que je m’étais isolée de mes semblables. J’aime l’humain, l’humanité, la nature humaine, et ne m’en éloigne point. Bien au contraire, je recherche la compagnie de ces êtres exceptionnels, de ces personnes qui voient la vie à travers le prisme de leur vécu, sans jamais désespérer. Mais je m’entoure, à l’endroit où je vis, de compagnie animale plutôt qu’humaine car, bien que j’apprécie les personnes, elles finissent toujours, tôt ou tard, par envahir mon espace, dont je suis une défenderesse acharnée, et m’empêcher, parce qu’ils ignorent qui je suis, de rêver comme bon me semble et quand je le souhaite. Je ne recherche donc leur compagnie que lorsque j’y suis disposée, ouvrant provisoirement la porte de mon monde si privé auquel je tiens tant.

Dulce Morais

Advertisements
Esta entrada foi publicada em Uncategorized. ligação permanente.

4 respostas a Rêveries I – Isolement

  1. Concordo Dulce! Em francês, obviamente, tem mais instrumentos, mais desenvoltura e encanto; é natural. Parabens!

  2. Anonymous diz:

    Eu acho que escreve bem, sobretudo em francês. Há formulações que são mágicas, como, por exemplo, "Mes vagabondages mentaux". Estes textos – Rêverie – são profundos. revelam uma alma complexa mas muito boa, predisposta a encarar a vida pelo seu melhor, predisposta a cuidar… e muito perspicaz. Obrigado.

  3. Anonymous diz:

    one thowsand visitors! – 1000 –

Obrigada pelo vosso comentário!

Preencha os seus detalhes abaixo ou clique num ícone para iniciar sessão:

Logótipo da WordPress.com

Está a comentar usando a sua conta WordPress.com Terminar Sessão / Alterar )

Imagem do Twitter

Está a comentar usando a sua conta Twitter Terminar Sessão / Alterar )

Facebook photo

Está a comentar usando a sua conta Facebook Terminar Sessão / Alterar )

Google+ photo

Está a comentar usando a sua conta Google+ Terminar Sessão / Alterar )

Connecting to %s