Rêveries IV – Boris

Rêveries IV
Boris

Je l’aime!
Ce n’est pas si curieux de débuter ainsi cette réflexion car cela est vrai. Je pense que le sentiment est réciproque mais ce sont là des mots qu’elle ne prononce que rarement. C’est qu’elle est avare de mots! Elle ne l’est pourtant pas de ses sentiments, et c’est peut-être une des raisons qui m’a mené vers elle. Elle aime aimer, autant qu’elle aime rêver, autant qu’elle aime la vie qu’elle s’est construite, autant qu’elle aime ses pinceaux et ses toiles. J’ignore encore comment il se fait qu’elle accepte de partager, de temps en temps, un peu de son monde avec moi.

Peut-être parce que je suis aussi un rêveur, bien que d’une manière différente de la sienne. Peut-être parce que je suis aussi indépendant qu’elle, bien que plus sauvage et nettement moins bien intégré. C’est que je suis ce que l’on nomme un marginal. Non point parce que je m’adonne à des pratiques illégales, mais parce que je ne me conforme pas aux exigences sociales juste sous prétexte qu’elles existent et que tout le monde s’y plie. J’aime à penser par moi-même et accepte de payer le prix de ma rébellion. Tout comme elle, je me suis échappé des conventions, seulement je l’ai fait d’une manière différente. Lorsque elle s’achetait une petite maison pour s’isoler et rêver à sa guise, j’enfourchais ma moto pour vivre l’aventure du voyage, découvrant le monde, les peuples, les cultures. Et je n’ai pas l’intention de m’arrêter de si tôt, même si j’ai déjà bien roulé ma bosse!

Ce sont mes absences fréquentes et prolongées qui font que nous nous entendons si bien. Jamais elle ne m’a demandé de renoncer à mes voyages et jamais je ne me suis imposé chez elle plus de temps que nécessaire pour recharger mes batteries financières et physiques, lui tenir compagnie quelques semaines, l’aimer à en perdre haleine, et repartir pour une nouvelle destination. Même si elle aime voyager, elle préfère le faire dans son imaginaire, dans ses rêves et jamais encore elle n’a souhaité m’accompagner. Jamais encore je ne le lui ai proposé d’ailleurs. J’ignore pourquoi, mais cela semblerait étrange, maladroit. C’est comme l’idée que je m’installe à demeure chez elle. Cela paraîtrait incongru.

Pourtant j’éprouve pour elle un sentiment amoureux au-delà du raisonnable, impossible à décrire par des mots. Mais je l’aime tant que je ne veux pas la changer, je ne veux pas la posséder autrement que dans un lit. Si je m’appropriais son être, je la détruirais, je détruirais son essence. Et je n’aurais alors plus de raison de l’aimer car c’est cette essence vitale, ce qui fait son être, ce qui fait d’elle ce qu’elle est, que j’aime. Pourtant je suis tenté parfois de la convaincre de se donner à moi un peu plus, de se rendre, mais jamais je n’ose car j’ai trop peur des conséquences.

Comme je suis absent souvent et pendant de longs mois, j’ignore ce qu’elle fait de ses nuits la plupart du temps, et si je ressens une pointe de curiosité, j’hésite à appeler cela de la jalousie. Pourvu qu’elle me garde une place dans ses rêves et dans son lit, je suis heureux de revenir la voir lorsque mes yeux sont fatigués de voir le monde. Je me repose chez elle. J’aime ce repos qu’elle me procure parce que jamais elle ne m’impose rien.

Je crois qu’elle sait se satisfaire à elle-même et je n’ai jamais connu personne qui en soit totalement capable, à l’exception peut-être de quelques moines tibétains rencontrés il y a longtemps. Elle est tellement en paix avec elle-même, dans son monde, qu’elle n’hésite même pas à montrer ses défauts, ou ce qu’elle appelle ainsi, mais que je trouve attendrissants; sa manie de laisser traîner ses affaires, sa passion dévorante pour les livres, à tel point qu’elle peut oublier de se nourrir, sa manie de ne manger que ce dont elle a envie, sans se soucier de ce dont son corps a besoin. Je me souviens que pendant tout un mois elle ne s’est alimentée que de thon en boîte (une véritable obsession), de maïs et de salade verte. Personnellement, je ne supportais plus la vision de ces aliments, mais elle continuait inlassablement à préparer le même menu, me laissant libre de cuisiner autre chose si cela ne me convenait pas. Exaspérante, dans ces moments, mais encore une fois, impossible de la changer; elle se perdrait.

Après tout, peut-on impunément couper une fleur pour la mettre dans un vase? Sa couleur se fanera à mesure que le temps passera et elle se laissera mourir. Et même si, par des artifices, nous appliquons une laque pour maintenir l’image parfaite de la beauté de la fleur, elle ne sera que l’ombre d’elle-même, morte à l’intérieur. Je ne tenterai donc rien dans ce sens. Je continuerai d’aller et venir dans sa vie, sans rien lui imposer, même pas ma présence. Je continuerai à admirer cette fleur étrange, si belle, si claire, si constante. Ma Constance!

Dulce Morais

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