Rêveries V – Ennui et Acceptation

Rêveries V
Ennui et Acceptation

J’ignore comment cela se fait, mais au cours des dix ans que j’ai passés ici, dans cette petite maison que j’affectionne, jamais je ne me suis ennuyée, à moins de le faire exprès. Jamais je ne me suis dit que j’aimerais être ailleurs. Il est vrai que je peux toujours trouver à m’occuper, entre la peinture, grâce à laquelle je gagne ma vie, mon jardin, qui me procure tant de joie et de beauté, mon potager, dont j’aime les saveurs dans l’assiette, mes promenades en compagnie de Blake, Blake lui-même qui me distrait, m’amuse et participe à mes rêveries à sa façon et, bien sûr, la musique, le cinéma de la ville la plus proche auquel je me rends dès qu’un film qui me plaît se présente. Bref, toutes les occupations d’une solitaire volontaire, d’une rêveuse infatigable, m’occupent au quotidien.

Si en ce moment j’écris ces lignes pour raconter mon absence d’ennui, mon esprit vagabonde déjà et prépare ma prochaine peinture, qui se construit d’abord dans ma tête. Lorsque mon pinceau se posera sur la toile pour y déposer les pigments, l’image que je peindrai aura déjà été rêvée et construite. Bien entendu, je la changerai au gré des envies de ma palette et elle n’en sera que plus vraie, plus réelle, car elle passera du stade du rêve à celui de la concrétisation. La peinture est une occupation de loisir qui me permet de gagner ma vie depuis qu’un marchand d’art s’est épris de mes toiles et en présente quelques-unes dans sa galerie en permanence. Il me surprend toujours de savoir que quelqu’un achète les délires sur toile d’une rêveuse qui ne peint que l’abstrait, qui ne peut coucher dans sa peinture que ses rêves étranges qui ne font sens que pour elle-même. Mais il semble que j’ai acquis une certaine réputation parmi les collectionneurs.

Et parfois je peins l’ennui. Je provoque l’ennui. Je décide au réveil que je ne ferai rien à l’exception de ce qui est vital, à savoir me nourrir, nourrir Blake et le sortir. Rien de plus. Je m’assieds donc, par beau temps sur une chaise longue à l’extérieur, par mauvais temps dans un fauteuil devant un feu de cheminée, et je profite de l’ennui. Il me fut facile de l’accepter. Je l’ai aimé tout de suite! C’est curieux comme la plupart des personnes le fuient comme la peste, remplissant chaque seconde de leur vie d’une occupation, de quelque chose à faire absolument, de choses à penser. Je ne suis pas comme ça. J’aime l’ennui! Ces moments où rien ne remplit mes heures et où ce rien, devient tout. Il me permet la création de toiles différentes, irréfléchies, instinctives. Car l’avantage avec l’absence d’occupation ou de pensées est que lorsque l’activité revient, elle est emplie d’une énergie nouvelle, lorsque les pensées reviennent elles sont empreintes d’un renouveau qui n’aurait pas existé sans l’ennui. Alors je m’ennuie volontairement, car j’aime retrouver l’action. Je m’ennuie car, en plus de l’apprécier pour ce qu’il est, j’aime aussi le moment où il cesse, où je bouge, où mes pensées s’activent et bouillonnent à nouveau, où mes rêves reviennent plus puissants, plus forts qu’auparavant.

Et puis l’ennui est source de repos, de tranquillité pour autant que l’on sache l’accepter. Et si parfois je ne peux m’empêcher de rêver, si je ne peux empêcher mon esprit de divaguer au gré des envies, j’accepte aussi ce non-ennui qui n’est point activité, puisque emplit de pensées.

Je me relis un peu et me rends compte de combien étrange je peux sembler aux yeux des autres, des non-rêveurs, des non-auto-acceptés. Car il s’agit là encore et toujours de cela : d’acceptation. J’accepte mes rêves, en concrétise la majeure partie dans ma peinture ou dans ma vie quotidienne. J’accepte l’ennui, le recherche pour ce qu’il est. Mais surtout, je m’accepte pour ce que je suis : une rêveuse, souvent incomprise, par moi-même parfois. Mais cela aussi je l’accepte. Ne pas toujours me comprendre peut aussi être acceptable.

Alors si le lecteur qui ne comprend pas mes élucubrations juge ce qu’il lit, je le prie de se sentir libre de le faire. Si, par contre, il ne comprend pas mais se garde de jugement, je ne peux que l’encourager à continuer de la sorte. Il est des choses, telles l’ennui, l’étrangeté, la personnalité, qui méritent d’être acceptés sans tentative de compréhension. Et la capacité d’accepter semble rare, à mon étonnement. Mais là encore, je renonce à comprendre pourquoi certaines personnes s’obligent à tolérer ce qui pourrait être tellement bien accepté.

Dulce Morais

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2 respostas a Rêveries V – Ennui et Acceptation

  1. Muito obrigada João Paulo. O próximo será publicado em breve.

  2. Sempre surpreendentes e perturbantes, estes capítulos de "Rêveries"… e quando vem o próximo?

Obrigada pelo vosso comentário!

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