Rêveries IX – Réponse

Rêveries IX
Réponse

“Ma très chère amie, mon amour, ma Constance,

Comme j’ai été heureux de recevoir ton message par la voie de la technologie. J’ai été heureux et cela malgré tes questions et la préoccupation qui en ressort. Je suis heureux que tu te montres enfin humaine et imparfaite et n’en aies pas honte. La colère que tu éprouves est naturelle. Je suis même étonné que tu ne l’aies pas ressentie plus tôt. Tu es très forte et très sage, et je suppose que c’est la raison pour laquelle ce sentiment on ne peut plus naturellement humain a mis si longtemps à te frapper.

La colère peut faire avancer au même titre que l’amour ou l’amitié, au même titre que le besoin de liberté, au même titre que la vie, au même titre que tous les autres sentiments. Il suffit de savoir comment l’utiliser à cet effet. Je t’aurais suggéré de l’exprimer envers celle qui l’a provoquée, à savoir ta mère. Toutefois, comme tu écris ne pas être sûre d’arriver à assumer par la suite, peut-être devrais-tu t’interroger sur les raisons qui font que – justement – tu penses ne pas pouvoir assumer ce que tu dirais sous le coup de la colère. Si c’est parce que tu exprimerais ce que tu ne ressens pas, il vaudrait en effet mieux t’abstenir. Si, par contre, tu exprimes exactement ce que tu ressens mais crains de blesser, de causer une réaction non désirée chez elle, je ne peux dire qu’une chose: tu es responsable uniquement de ce que tu dis – et je sais que tu pèses toujours tes mots – et non pas de la façon dont les autres reçoivent ton message.

Personnellement, et puisque c’était ta question principale, je gère la colère en l’exprimant, mais de façon réfléchie et jamais impulsive. Il n’y a guère plus à dire à ce sujet. Il s’agit de sentiments intimes et personnels et il appartient à chacun de les gérer. Je suis toutefois présent pour toi si tu souhaites en parler plus longuement.

Je sais que ma réponse peut te paraître évasive, légère, ou même démissionnaire, mais il ne s’agit pas de cela. Il se trouve que, étant différents, toi et moi gérons nos sentiments chacun à notre manière. Si ma réponse te déçoit, j’en suis désolé; je n’en ai pas de meilleure. J’espère qu’elle t’aidera néanmoins. La colère n’est pas un démon, Constance! Cela fait juste partie de la vie.

Je souhaite encore te dire bien des choses. Tout d’abord, je suis heureux et honoré que tu aies fait appel à moi dans un moment qui semble difficile pour toi. Tu craignais d’envahir ma vie alors que je suis en voyage, mais tu n’envahis rien Constance. Pas de cette manière. Le fait est que, de plus en plus souvent, tu envahis mon esprit. C’est presque permanent. Je devrais certainement m’abstenir de te confier ceci, mais puisque tu t’es ouverte à moi, je vais également m’ouvrir à toi: tu me manques lors de mes voyages. Je pense très souvent à toi. Ce n’est pas le fait de vivre à tes côtés, ce n’est pas le partage de ton existence qui me manquent. C’est la paix et la sérénité que tu dégages.

J’ai choisi de voyager pour trouver exactement cela: la paix et la sérénité. Je continue à voyager car je ne les ai pas encore trouvés, du moins pas au cours de mes voyages. Et, comme je me suis récemment senti moins bien, moins en équilibre, lors de ce voyage qu’avant de le faire, je me suis honnêtement interrogé et j’ai fini pas comprendre: je me sens moins bien car j’éprouve moins de sérénité en voyage qu’à tes côtés. La paix que je cherche et l’équilibre intérieur que je souhaite trouver lors de mes déplacements ne sont pas ici, dans ce pays lointain: ils sont auprès de toi.

Mais sois assurée que je ne te demande rien. Comme tu l’as si bien souligné, il n’y a jamais eu – et il n’y aura jamais – d’obligations entre nous. La liberté peut-être effrayante et l’on peut hésiter à la prendre. On pondère, on doute, se demandant si le jeu en vaut la chandelle. Parfois, l’hésitation prend si longtemps que, lorsque l’on se décide enfin, l’occasion est passée et ne se présentera peut-être plus. Toi, tu n’as pas hésité! Tu as décidé, il y a longtemps déjà, de prendre cette liberté. Tu as accepté tous les prix à payer pour la gagner. C’est cela que j’admire en toi. C’est cela qui fait que tu dégages cette sérénité et cette douce assurance, cette paix et ce sentiment d’équilibre. Cela je ne voudrais pas le changer. Je ne te demande rien Constance, mais j’accepterai ce que tu voudras bien m’offrir. Pour l’heure, j’accepte ta confiance et suis heureux d’être le destinataire de tes doutes. Je ne suis hélas pas très doué pour les conseils. J’espère néanmoins avoir été utile.

Si tu souhaites me faire part des évènements qui suivent et raconter tes réflexions en relation avec la colère, sens toi libre de le faire, mais n’en éprouve aucune obligation. Je me rends au Mali demain et n’aurais à nouveau accès à une connexion internet que dans un mois.

D’ici là, je t’embrasse bien fort.
Boris”

Dulce Morais

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