Rêveries X – Oiseau de Bonne Augure

Rêveries X
Oiseau de Bonne Augure

Te voilà enfin! Je pensais ne plus te revoir avant de partir, mais je suis heureuse de m’être trompée. Mes petits ont grandi. Ils n’ont plus besoin de moi. Mon compagnon va repartir à sa vie et moi à la mienne. L’année prochaine nous verrons. Peut-être le retrouverais-je, peut-être pas! Il a été un bon père, a transmis sa force à nos petits. Maintenant que je sens qu’il faut partir, que mon instinct m’y pousse chaque jour un peu plus, je craignais que tu ne reviennes pas. Je craignais de ne pas pouvoir enchanter ton ouïe de mon chant une dernière fois. Je sais que tu l’apprécies car tu me l’as dit un jour, il y a longtemps pour moi, cela fait quelques semaines pour toi. Nous ne voyons pas le temps passer de la même forme, de cela j’ai conscience. Ma vie est bien plus courte que la tienne et pour cela tes semaines sont pour moi des mois, mes années sont pour toi des mois et tes années sont pour moi des générations.

Mon ami le chêne, qui m’accueille, m’abrite et me protège, a également ressenti ton absence. Mais pour lui, à l’échelle de sa vie, c’est comme si tu étais venue hier lui caresser l’écorce et lui parler. Pourtant, à mon niveau, je ressens comment il est différent en ta présence: la sève s’écoule plus fraîche dans ses branches, comme revigorée par le son de ta voix, les insectes qui le peuplent sont plus actifs, ses feuilles s’épanouissent avec plus de vigueur, avec plus de force.

Pourtant, bien que je chante pour toi aujourd’hui comme je le fais tous les jours, si non pour toi, pour mon ami l’arbre, l’effet provoqué sur ton visage n’est pas le même qu’à l’accoutumée. Je ne vois pas les parties plus charnues de ton visage se déchirer et creuser un espace pour illuminer ton regard, je ne vois pas tes joues se fendre pour former deux renflements en leur centre. Qu’est-il arrivé à l’éclat de ta voix, à la douceur de tes paroles, à la chaleur de ta main? Je te sens froide, triste, éteinte. Je ne puis saisir les idées et les pensées qui te traversent, mais aujourd’hui je souhaiterais pouvoir comprendre ce qui t’arrive. Je ne te reverrai probablement pas et je crois que je ne puis graver ton souvenir dans ma mémoire. Mais je le souhaiterai car tu m’as convaincue que ton espèce peut être belle. Hélas, je crois que malgré mes tentatives pour conserver dans mon souvenir des images de toi, elles vont s’effacer. Je n’ai pas été créée pour me souvenir mais pour vivre d’instinct et, aujourd’hui, je le regrette.

Vois-tu mes petits s’envoler? Les vois-tu s’épanouir? L’heure est venue pour moi de partir. Mais avant cela je veux te faire un cadeau. Laisse moi me poser ici… oui, là, sur ton épaule. Laisse moi chanter plus près de ton oreille. Laisse moi te donner un souvenir de moi, à défaut de pouvoir en emporter un de toi. Ne t’inquiète donc pas mon amie. Ne t’en fais pas. Quel que soit le souci qui te préoccupe aujourd’hui et t’empêche de sourire, il ne peut durer, il ne peut t’atteindre. Tu es forte et sensible. Je le sais. Je le sens. Laisse moi poser ma tête contre ta joue. Laisse toi faire. Sens la douceur de mon duvet, sens la fragilité de mon corps en comparaison du tien. Sens-tu comme tu es forte? Ressens-tu ma vulnérabilité? Et, puisque tout n’est que paradoxe, ressens-tu la force qui se dégage de cette fragilité? Emporte-les avec toi, douce humaine. Je t’offre ma simplicité. Qu’elle te serve et te suive toujours. Utilise-la pour te reposer.

Je sais être bien insignifiante, mais si tu gardes un souvenir de moi, que ce soit celui-ci où je mets ma vie entre tes mains – littéralement – te permets d’approcher tes lèvres de mon corps chétif et débile pour y déposer un doux baiser. Adieu mon amie, Adieu. Prends soin de toi et n’oublie pas mon ami le chêne. Offre lui ta présence de temps en temps pour qu’il continue encore longtemps à accueillir dans ses branches les générations futures de ceux de mon espèce, pour que mes enfants y élèvent leurs enfants, pour que le cercle de la vie ne cesse jamais. Si un jour tu croises mes petits, dis-leur que j’ai été heureuse de les couver. Si tu es à nouveau triste ou mélancolique, souviens-toi que ton amie Rossignol a, un jour, permis que tu l’apprivoises pour te réconforter. Puisse ton coeur rester pur, douce humaine. Adieu mon amie, Adieu!

Dulce Morais

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2 respostas a Rêveries X – Oiseau de Bonne Augure

  1. Merci cher(ère) Anonyme. Le Français n'est pas si pauvre que ça.

  2. Anonymous diz:

    très bon. cette histoire est très interessante et très bien écrite. Je vous remercie, madame l'auteure(?)signé: pauvre français!

Obrigada pelo vosso comentário!

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