Rêveries XX – Appel

Rêveries XX
Appel

Il fut un temps où tu vivais ici, dans cette ville que je découvre aujourd’hui. Tu étais déjà vieille et les rides avaient marqué ta peau du poids des années. Tu as été le phare de mon enfance, tu m’as guidée à travers les écueils de la jeunesse, me gardant des dangers de l’inconscience et de l’inexpérience. Plus de dix ans après ton départ pour les Jardins d’Eden, je visite l’endroit de la fin de ton existence, égrenant les souvenirs de ton sourire bienveillant qui creusait un peu plus les rides autour de tes lèvres à chaque fois que, impatiente et imprudente, du haut de ma jeunesse, je me lançais dans une aventure bien trop dangereuse pour mon âge.

Le souvenir de tes gestes accueillants m’accompagne encore à chacun de mes pas et je me demande à quoi tu pensais au temps du soir de ta vie lorsque tes pas te conduisaient dans les rues de cette petite ville au charme unique. Nous n’étions pas du même temps, mais nous nous sommes aimées comme rarement on aime. Et maintenant que je traverse l’adversité du poids de celle qui en fut un pour toi également, je ressens le besoin de ta main douce,  de tes doigts déjà noueux autour de mes bras, me rassurant de ta voix tendre, chuchotant à mon oreille des mots rassurants et réconfortants inspirant confiance et courage pour affronter les obstacles.

Et je rêve, et je divague, et je ressens le manque de toi plus que jamais. C’est grâce à toi que ma vie est ce qu’elle est. C’est ton inspiration qui m’a conduite à la vie que j’aime tant. Et je regrette de ne pouvoir te confier de vive voix mon angoisse et ma douleur à l’idée que l’on pourrait la détruire. Et puis, il y a ces sentiments que j’inspire malgré moi. L’amour et la haine  de personnes qui me connaissent à peine ou de celles qui, me connaissant et prétendant vouloir  mon bien, devraient me respecter plutôt que de vouloir me changer.

Il me serait précieux de pourvoir me plonger dans ton amour comme on saute du plus haut plongeoir de la piscine pour se noyer dans l’affection infinie d’un être cher. J’aimerais m’enterrer dans tes bras, à l’abri des vents et des tempêtes de l’existence.

Dans mon sac-à-dos je n’ai emporté que très peu de biens. Le plus précieux est ma palette de couleurs et des feuilles à dessin. Et je te peins. Je te dessine. Je te réinvente. Différente de ce que fut ta réalité mais parfaitement identique à mon souvenir. Peindre est comme écrire. Il s’agit d’asseoir ses sentiments comme on couche ses émotions. On les vit intensément et on les explore d’une façon unique est belle parce que, une fois sur le papier ou la toile, ils sont plus vrais, plus puissants, plus profonds.

Ma douce Mamoune, entends-tu le cri de mon coeur? Ma douleur te rejoint-elle dans le monde où tu vis maintenant? As-tu vu, avec les yeux de l’éternité, les évènements récents de ma vie? Que me dirais-tu si tu étais ici, à mes côtés? Me conseillerais-tu, comme tu le faisais au temps de ma jeunesse, d’ignorer les attaques répétées de ceux qui prétendent m’aimer? Je me demande comment il me serait encore possible de ne pas en tenir compte une fois que leurs actes ont provoqué en moi une telle douleur.

Mon compagnon me manque. Il ne pouvait chuchoter à mon oreille des conseils bienveillants, mais il me soutenait et m’accompagnait à chaque étape, bonne ou mauvaise, depuis une décennie, depuis ton départ. Il ne t’a pas remplacée. Il t’a succédé dans l’horizon de mon affection.

C’est un voyage dans mon être intime que j’ai entrepris. Je commence par te visiter parce que c’est ton absence qui m’est le plus pénible en ce moment. Il me manque de te demander conseil. Ainsi que ton regard doux me communiquant, parfois sans dire un mot, le chemin à prendre, la voie à suivre, dans le labyrinthe de la vie. Je ne puis les trouver en personne d’autre et pourtant j’en ressens le besoin plus que jamais. Peux-tu me guider du haut de ta demeure céleste? Peux-tu m’insuffler le courage de poursuivre ma route? Et si c’est le cas, sais-tu m’indiquer laquelle emprunter? Je t’écoute, je suis disposée à t’entendre, à recevoir ce que tu voudras bien m’envoyer. Mamoune, fais-moi parvenir ta douceur et ta présence. Je reste ici quelque temps. J’attends ton message. Je demeure disponible à ton affection. Viens à moi, ma chère et douce grand-mère!

Dulce Morais

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2 respostas a Rêveries XX – Appel

  1. Merci, JP.Obrigada pelo comentário. Espero que continues a gostar da escrita contida na caixinha!

  2. Il y en a ici, pour la première fois, quelque chose de très intéressant, la relation à deux est vue de la perspective de l'absence de l'autre: tu me manques, je rêve à toi… c'est un très intéressant développement…———————Em português, D: gostei deste porque o relacionamento evolui de forma ainda não vista. Mais, se eu não soubesse o que sei, diria mesmo que há aqui um prenúncio de fim… mas contigo nunca se sabe, pode sempre aparecer mais uma surpresa: acabei de chamar-te caixinha!

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