Rêveries XXV – Revirement

Rêveries XXV
Revirement

– Cela fait un mois, Marie ! Je m’inquiète. Tout ce que nous savons d’après ses messages tellement brefs c’est : Je vais bien, ne vous faites pas de souci. Une fois par semaine, elle laisse le même message sur son propre répondeur automatique. Je crois que nous devrions faire quelque chose.
– Et que voudrais-tu faire ? Partir à travers le pays pour la rechercher ? Tu ne saurais même pas par où commencer ! Elle fait exprès de n’appeler que de numéros cachés pour que nous ne puissions pas la rappeler. J’ai vécu avec elle plus longtemps que toi et je sais qu’il faut la laisser tranquille. Elle est comme ça, Constance. Indépendante et secrète. La rechercher serait envahir son espace et je m’y refuse.
– Mais elle doit bien savoir que quand elle nous demande de ne pas nous inquiéter, nous allons forcément faire le contraire.
– Crois-tu vraiment ? Elle compte sur notre confiance. Si elle nous dit que tout va bien et de ne pas nous inquiéter, je lui fais pleinement confiance et ne me fais aucun souci. Finalement, lui fais-tu vraiment confiance ?
– Oui ! Bien sûr… je crois…
– Si tu crois, c’est que la réponse est Non. La confiance, la vraie, ne souffre aucune condition ni aucun questionnement. Je me demande ce que tu ressens pour elle, après tout.
– Je l’aime… je crois… Non, ce n’est pas ce que je voulais dire. Je l’aime, c’est tout.
– Je peux ne pas très bien te connaître, mais je sais reconnaître le doute dans un regard lorsque j’en vois un, et il y a un doute en toi.

Les souvenirs de Boris le transportèrent dans les nombreux endroits parcourus au cours des dernières années. Le dernier en particulier, au Mali, avait été décisif pour le faire comprendre que sa place était auprès de Constance et non plus en bourlingages incessants à travers le monde. Pourtant, il ressentait un étrange pincement au cœur. Lorsqu’il était rentré, Constance était partie et cela faisait plusieurs mois qu’ils ne s’étaient pas vus. Le pincement n’était pas le manque de la voir. C’était le contraire : il n’éprouvait pas de manque. Cela faisait plusieurs jours qu’il s’en était aperçu mais il ne savait pas comment l’interpréter. Il se sentait minable d’être incapable de comprendre ses propres émotions après tant d’années passées à se chercher. Quand il avait cru se trouver il était rentré, pensant que sa place était auprès de celle qui l’avait si souvent et si longtemps attendu. Maintenant qu’il était revenu et que c’était à elle d’être partie, il ne savait plus comment gérer ses sentiments contradictoires. Confronté à cette simple question Que ressens-tu pour elle ?, il ne pouvait que douter. Il l’aimait, bien entendu, mais de quel amour ? Était-ce de celui qu’il avait cru ou d’un autre ? Serait-ce de cet amour intense qui crée un tel attachement à l’autre que son absence est douloureuse ? La réponse, à l’évidence, était Non. Bien sûr, il s’inquiétait pour elle, mais il ne ressentait pas cette douleur de ne pas être à ses côtés. Son inquiétude lui semblait être plutôt celle d’un ami, intime, certes, mais pas plus qu’un ami. Comment expliquer cela à Marie ? Elle, qui malgré les turpitudes de sa vie, avait gardé un regard pur et innocent, ne pourrait probablement pas saisir toute la portée de ses conclusions. Et pourtant, son attente de Constance dans cette maison dont il s’était fait le gardien, faisait sens pour lui. Le trouble le gagna et, en règle générale, lorsque cela lui arrivait, il partait pour un voyage de plus, au gré du vent ou de ses envies. Cette fois, néanmoins, l’idée ne lui traversa même pas l’esprit. Il n’était pas question de repartir. La raison était simple : l’idée de voyager seul à nouveau lui était insupportable. Il ne comprenait pas encore ce qui rendait cette idée si inimaginable mais cela lui apparut clairement lorsqu’il porta de nouveau son regard sur Marie. Elle n’avait pas prononcé un mot pendant tout le temps de sa réflexion et se contentait de tripoter distraitement la nappe en vinyle qui recouvrait la table de jardin. Elle attendait, apparemment consciente qu’il réfléchissait et ne souhaitant pas l’interrompre. Et Boris comprit que c’était elle, Marie, qui le retenait. C’était elle qui faisait sembler tout idée de repartir en voyage parfaitement dérisoire. C’était son absence à elle qui lui aurait causé une douleur insupportable. L’idée fit son chemin dans l’esprit de cet homme habituellement si sûr de lui, et c’est d’une voix frêle et peu assurée qu’il s’entendit dire :

– Tu as raison. Il y a un doute quant à mes sentiments pour Constance. Pourtant, il n’y en a aucun quant à ceux que j’éprouve pour toi !

Dulce Morais

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5 respostas a Rêveries XXV – Revirement

  1. É verdade, Pérola. É uma língua que se escreve e se fala dessa maneira!Obrigada pela visita!Bisous!

  2. Pérola diz:

    Gosto da língua francesa.As palavras têm um romantismo inerente.Bisoux

  3. i colega… rss. Não sei nada de francês. Então aproveito para agradecer as visitas e comentários no Confissionarium.Um abraço e uma ótima semana!

  4. Cher ami JP, c'est moi qui te remercie de ta lecture et de ton commentaire. J'espère que l'histoire continuera à te plaire!

  5. Ma Chère D, je vous remercie d'écrire cette histoire…

Obrigada pelo vosso comentário!

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