Rêveries XXVI – Remise en Question

Rêveries XXVI
Remise en Question

La route défilait laissant derrière elle un paysage vert et ensoleillé. Le temps devenait plus gris à mesure que l’autobus roulait vers le nord. Constance avait préféré un siège tournant le dos à la route pour apprécier le plus longtemps possible les couleurs des arbres et des praires et la vision des troupeaux de moutons ou de chèvres paissant tranquillement l’herbe grasse. Au loin, elle apercevait les Pyrénées qui s’éloignaient un peu plus à chaque tour de roue. Un virage de la route lui fit perdre de vue le cher pays où elle vivait et son coeur se serra. Elle savait être partie sans avoir la certitude de revenir. Sa rencontre avec Alain, intermède délicieux et en même temps douloureux, lui avait fait réaliser à quel point son existence avait perdu son sens. Il avait suffi de la mort de son cher Blake pour qu’elle se sente inconfortable dans sa maison. La routine qui s’était installée n’avait plus de sens et elle savait bien que cette disparition inattendue n’avait été que l’élément déclencheur de sa prise de conscience. Cela faisait longtemps que tout n’était que routine, justement. Sa peinture n’avait plus d’âme, son esprit n’y apparaissait plus. Bien sûr, elle se vendait toujours aussi bien, mais ce n’était que son talent académique qui se vendait, en même temps que de vagues souvenirs de véritables coups de génie sortis de son pinceau un jour d’incroyable chance.

Elle se laisse porter par le flot des larmes et des souvenirs en se demandant ce qu’elle veut vraiment. Pour être tout à fait honnête avec elle-même, elle ne sait plus vraiment qui elle est. Elle ne se reconnaît pas dans cette femme qui s’est cachée, il y a déjà si longtemps, du monde, mais surtout de sa famille, pour s’adonner à la contemplation et à la solitude. Elle peint, bien entendu, comme elle respire. Ne pas peindre serait une mort de l’âme. Mais cette peinture ne reflète plus ce qu’elle est. Elle rêve toujours et cela est heureux, car sans ses rêves éveillée, sans les vagabondages de son âme, elle ne pourrait se retrouver. Devrait-elle vivre dans ses rêves comme au début de son isolement? La réponse semble évidente tant cet isolement initial a duré peu de temps. Il y a eu Boris d’abord. Rencontré au hasard d’une de ses promenades avec Blake, qui fait partie de sa vie sans jamais vraiment s’y être installé. Il y a eu Marie, ensuite, pour qui elle s’est prise d’une affection inexplicable et qu’elle s’est efforcée d’aider. En vérité, Marie s’est aidée toute seule. Elle n’avait besoin que d’un point d’appui pour se rétablir et Constance avait été ce levier dans sa vie. Bien que semblant frêle et certainement encore innocente, Marie possède déjà la sagesse que procurent les épreuves. Elle n’a plus besoin de Constance et cela est heureux car, en ce moment, Constance a besoin d’elle-même à plein temps. Elle ressent aussi qu’elle a besoin de quelque chose d’autre, mais elle ignore de quoi il peut s’agir. Et c’est là le but de son voyage. Après l’isolement, elle recherche la foule. Et où y a-t-il une foule plus dense que dans la capitale? C’est là qu’elle se rend. Lentement, au rythme des roues de ce véhicule qui lui permet de dérouler, en même temps que les kilomètres, le fil de sa vie et de son existence.

À l’exception de sa palette, compagne indispensable qui fait partie de son être intime, tout est remis en question. Aucune réponse ne vient, mais ce sont encore les questions qu’elle cherche. Pour l’heure, elle veut ressentir, se souvenir et se noyer dans le flot de ses pensées. C’est sa façon de faire le point et, bien que ce soit un moyen bien plus long que la réflexion objective et, partant, bien plus douloureux, c’est le seul vrai moyen qui permette de voir clair en soi. Constance scrute son être, verse des larmes d’incompréhension sur ses questionnements incessants, mais elle ressent également un besoin irrépréhensible de poursuivre. Elle sait que c’est là la seule voie à suivre, tout comme cet autobus suit la voie du nord pour atteindre Paris. Il n’y a pas de demie-mesure, ni sur la route, ni dans la vie. Ou l’on est sûr de sa destination et l’on poursuit sa route, ou l’on hésite et l’on consulte une carte sur le chemin à prendre. Constance se dirige vers le nord pour consulter sa carte intime et tenter de trouver sa destination. Jusqu’à ce qu’elle la trouve, elle se contentera de suivre son instinct en évitant de causer trop de dommages à ceux qu’elle chérit et à elle-même.

Dulce Morais

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4 respostas a Rêveries XXVI – Remise en Question

  1. sandra diz:

    MUITO LINDO, GOSTO DA HISTORIA DELA, ESTOU ACOMPANHANDO, E TREINANDO O MEUFRANCES, RRRRSS. BEIJOS.SANDRA SILA

  2. Uma personagem em busca do seu Eu?um abraço

  3. Muito obrigada, Isa! Fico feliz sabendo que gosta e se identifica com a Constance. Tenho imenso prazer em escrevê-la e em partilhar a sua história aqui.

  4. Isa E. diz:

    Eu me identifico com ela…Gosto muito dessa história, Dulce.

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